Horlogers de père en fils, les De Ro reçoivent LMdO dans leur atelier de Plancenoit

Montres, pendules, automates et horloges d’églises, les De Ro redonnent vie à une foule de mécanismes complexes. Bercé par le va et vient des balanciers et des mouvements, l’atelier nous livre ses secrets.

LMdO : Deux générations d’horlogers et deux spécialisations différentes. Pourquoi?
Alain De Ro : Mon père prend en charge les réparations de montres alors que je me concentre sur les mécanismes plus anciens et plus compliqués des pendules. Travailler sur une montre demande de la précision et du savoir faire mais finalement, les pièces y sont « simplement » remplacées quand on doit intervenir. On s’approvisionne chez les fournituristes et on répare. Les pendules sont en général beaucoup plus complexes : leur grand âge hypothèque immédiatement la disponibilité de pièces détachées : il faut tout refaire. C’est ma spécialité : travailler le cuivre, le laiton et l’acier et récréer ce qui a disparu.

LMdO : Comment le métier évolue t-il?
André De Ro : Plutôt mal! Là où il y a quelques années, les petits ateliers pouvaient s’approvisionner en pièces chez les grossistes, les portes se ferment les unes après les autres chez les grandes marques. Les services après-vente sont dans les mains des marques et les horlogers de quartiers disparaissent les uns après les autres. Ajoutez à cela le fait que les montres sont devenues des produits jetables à faible coût grâce ou à cause du quartz , nos difficultés sont importantes. Peu de réparations et pas d’accès aux pièces, c’est très compliqué à gérer.

Alain : Il n’y a d’avenir en horlogerie que chez les industriels, en s’expatriant en Suisse par exemple pour espérer intégrer un grand groupe. Passionnant bien sur, mais peu de places disponibles. Les gros distributeurs peuvent encore s’adjoindre les services d’un horloger mais ils sont peu nombreux. Les petits indépendants n’ont plus beaucoup d’avenir dans les montres. C’est la raison pour laquelle j’ai définitivement tourné le dos aux montres pour la restauration de pendules et mouvements anciens. Je constate quand même un certain regain d’intérêt pour les belles mécaniques et les montres n’y échappent pas. Un beau mouvement, une complication restent des merveilles de précision qu’il faudra toujours entretenir. Mais les marques l’organisent en interne comme mon père le précisait.

le temps qui passe

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LMdO : Quelles sont les difficultés techniques du métier?
Alain : Les montres présentent peu de surprises. Pour les pendules, c’est une autre histoire. Parfois plusieurs fois centenaires, nous n’en sommes que les gardiens. Elles nous sont antérieures et elles nous survivront. Alors, si généralement les horlogers font bien leur travail et laissent peu de mauvaises surprises aux suivants, il arrive très souvent que les propriétaires de pendules jouent aux apprentis horlogers. Ils démontent, ajustent, modifient, lubrifient et bien souvent on nous amène des mécanismes qui ont fort souffert et pas nécessairement d’usure naturelle … des pièces manquantes à refaire, des parties entières réduites au silence comme des sonneries souvent condamnées par les contraintes de la vie en appartement, voilà le genre de choses auxquelles nous sommes confrontés.

LMdO : C’est tout le challenge : redonner vie à une mourante ?
Alain : Effectivement! Rendre vie à un mécanisme est une sensation agréable. C’est participer à la transmission immuable. D’ailleurs, à l’instar des moulins à vent par exemple, les horlogers « marquent » les mécanismes de leurs passages … pour pouvoir retracer la vie et de l’objet et accessoirement pour lever les doutes en cas d’intervention sous garantie des réparations effectuées. C’est d’ailleurs parfois étonnant de constater à quel point ces objets sont des témoins du temps. Par leur fonction bien sûr mais aussi par les histoires qu’ils racontent. Les pièces de monnaie par exemple sont souvent utilisées comme contrepoids. J’ai toute une collection de pièces anciennes, jusque des Napoléon qui me permettent parfois de dater les mécanismes. Il m’arrive aussi d’utiliser des euros bien contemporains pour équilibrer un mouvement. Quand la pendule sera rouverte dans 100 ans, ils auront peut-être des histoires à raconter. Vous savez, ces mécanismes dorment parfois depuis des centaines d’années dans un meuble ancien … j’espère un jour trouver une belle lettre d’amour d’un autre temps mais ce n’est pas encore arrivé …