Les Ascenseurs à bateaux du Canal du Centre sont quatre ascenseurs à bateaux hydrauliques construits en Belgique entre 1888 et 1917. Ils permettent de compenser ensemble une dénivellation de 66 mètres. De ces quatre ascenseurs, l’un permet de rattraper une dénivellation de 15,40 mètres, les trois autres de 16,93 mètres chacun.

Les ascenseurs se trouvent sur le canal du Centre entre le bassin de la Meuse et l’Escaut, à proximité de la ville de La Louvière, dans la province du Hainaut en Région wallonne.

Ces ascenseurs sont doubles, les poids des deux bacs se compensant et permettant une manipulation par la seule force hydraulique.

 

Les Ascenseurs à bateaux du Canal du Centre font partie du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998. Des huit ascenseurs à bateaux de ce type construits fin du XIXe et début du XXe siècle, les quatre du canal du Centre sont les seuls fonctionnant encore avec leur machinerie et leur mécanisme d’origine.

Depuis 2002, l’usage de ces ascenseurs est limité à la navigation de plaisance. Pour le trafic de marchandise, l’Ascenseur funiculaire de Strépy-Thieu est désormais opérationnel. [Wikipédia]

Robert Crépin est le chef mécanicien d’une de ces merveilles de technologie. Bienvenue à l’ascenseur n°4 de Thieu.

LMdO : Comment devient-on le gardien d’un ouvrage centenaire comme l’ascenseur n°4?
RC : C’est une conjonction de compétences techniques pour comprendre l’outil et tous ses secrets ainsi qu’une propension à diriger les équipes. Mais cela ne suffit pas, il faut aimer cette machinerie pour en devenir le responsable. J’ai du aussi apprendre à transmettre cet amour de l’ascenseur au public puisque je suis amené à régulièrement fournir des explications aux très nombreux touristes du Canal du Centre. Le public nous fait vivre, il est normal de lui réserver le meilleur  accueil.

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LMdO : Qui dit patrimoine exceptionnel, dit métier exceptionnel. Un métier pour lequel aucune école n’existe je suppose.
RC : Je suis aux commandes de l’ascenseur depuis 12 ans et comme tous mes prédécesseurs et tous mes successeurs après moi, j’ai appris le métier sur le tas. Avec bien sur une formation de mécanicien à la base.

LMdO : On a bien compris que vous entreteniez une relation spéciale avec l’ascenseur. C’est plus qu’un métier, c’est un devoir de transmission pour les générations futures. L’UNESCO ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Pouvez-vous nous parler de ce rapport au patrimoine?
RC : Avec des moyens rudimentaires pour l’époque de construction, ouvriers et ingénieurs ont peiné pour réaliser l’ensemble du canal. Creusement du tracé à la pioche et à la pelle, construction des ouvrages d’art sans l’ombre d’un ordinateur, il y a derrière le labeur une forme de poésie dans ces ouvrages. Se battre contre la nature qui retardait l’avancée des travaux en parsemant le parcours d’embûches : sources, cavités, enrochements, ces  gars là on écrit un beau roman dont on tourne encore les pages aujourd’hui. Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics qui longent le tracé continuent à l’écrire à leur manière avec les plaisanciers qui y naviguent encore.  Ce roman est aussi directement écrit avec la sueur de toute une région industrielle, c’est l’essence même de la présence de ces ascenseurs ici : ils ont contribué à la grandeur industrielle de la région en rendant possible le transport de marchandises.

LMdO : Ces machines n’utilisent aucune forme d’énergie autre que hydraulique, une belle leçon d’écologie avant le lettre non?
RC : C’est du pur génie! Mouvoir de telles masses en utilisant si peu d’énergie, les ingénieurs des années 1900 étaient capables de prouesses technologiques inouïes. Je prends toujours beaucoup de plaisir à recevoir des étudiants en construction, génie civil ou même en architecture. On ne sort pas indemne d’une visite détaillée des ascenseurs : ces machines ont une âme, celle de leurs concepteurs! Elles vivent! Pour nous, c’est d’ailleurs quasi charnel : nous surveillons les ouvrages grâce à l’ouïe et l’observation visuelle. Chez nous, peu d’informatique : tout se ressent, tout s’observe avec les sens. Et on en apprend encore tous les jours! Elles sont capricieuses mes bobonnes!